Été 2023

Samedi 1er juillet 2023

Allez c’est reparti pour un tour.
J’arrive à la marina Zea à une heure du matin après trois heures d’attente à Orly, trois heure de vol, trente minutes de retard, quarante cinq minutes de transit, une heure de taxi… inutile de préciser l’état de forme qui est le mien alors que j’ai tant de choses à faire pour préparer le bateau. Trois semaines se profilent devant moi. Où aller ? Que faire ? Questions existentielles du marin en croisière, surtout en Grèce, où la météo, capricieuse, bouleverse tous les plans huilés, et rend inutile toute préparation, moment souvent exaltant durant le morne hiver. Nulle part ailleurs l’adage « j’irai où le vent me portera » n’est aussi valable qu’en mer Egée.

Après la course éreintante pour préparer le bateau, je mets le cap sur le nord est de l’île d’Egine pour me protéger d’un vent fort du sud. Dès la sortie du port je suis rapidement mis dans l’ambiance. Le vent souffle déjà du sud et c’est au près serré que je m’acquitte de la douzaine de miles jusqu’au mouillage. L’endroit est très joli avec une petite île pelée où trône une petite chapelle et reliée plus ou moins à Egine par un bras d’eau peu profonde. C’est sur la partie ouest que je décide de mouiller l’ancre par trois mètres de fond. Le vent souffle fort et l’ancre s’enfouit rapidement. Je déguste le paysage en sentant les effluves de pins portées par le vent. Je me sens un peu lourd, fatigué, las même. Je n’arrive pas à apprécier comme il se doit. Je pense à ma Raphaëlle. Le soir arrive et je me couche avec ces pensées.

Dimanche 2 juillet

J’ai passé une très mauvaise nuit, légèrement nauséeux. Certainement le début de l’ammarinage avec la petite houle de la nuit. Cet état d’adaptation m’étonnera toujours, cela prouve que la mer non seulement est un environnement extra terrestre mais elle se mérite également. Dès le petit déjeuner avalé, je n’ai pas le choix, je dois partir car le vent va tourner. Destination la zone de Port Lavrio. Pourquoi ? J’en sais rien. La météo est complexe sur toute la zone, la faute à un régime dépressionnaire. Un coup de vent du sud arrive, mais, cerise sur le gâteau, un vent de nord va entrer rapidement dans la nuit. Il faut trouver la perle magique, un mouillage protégé du nord et… du sud. Bref la quête du Graal… qui n’existe pas. J’ai toute la journée pour réfléchir en mer car la distance est longue. J’avance vite et bien grâce à un vent léger mais qui me force tout d’abord à me diriger vers la côte Attique pour ensuite adonner et me permettre de faire de l’est.

Dans les parages du temple de Poseïdon, je dois bien tirer quelques bords, mais le vent reste régulier et agréable. Il est temps de commencer à se préoccuper sérieusement de l’escale pour la nuit. J’appelle Olympic Marina, complet. Après avoir posté un petit commentaire sur la page Facebook du groupe des plaisanciers francophones en Grèce pour demander si la marina de Port Lavrio, base de charters, a encore des places, un gars sympathique, Antoine, me répond et me propose carrément de venir m’aider pour les amarres ! Une fois le cap Sounion doublé, je longe la côte orientale de l’Attique jusqu’à Lavrio. C’est un vrai port industriel au charme délicat des docks et cargos. Personnellement, et j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, j’adore ces ports. Antoine et là avec sa compagne sur le quai. Je pique une place sans demander mon reste et amarre solidement Babar. J’apprends, autour d’une bière, que mes hôtes sont Catalans d’adoption et vivent sur Prades ! Incroyable.
Après ma douche prise en gitan sur le pont, je vais découvrir cette petite ville au charme suranné qui me fait penser à la Costa Brava d’il y a quarante ans. Avec la même joie de vivre simple, les places remplies d’enfants qui jouent, les gens qui font la promenade digestives sur le front de mer… même les odeurs me rappellent à ces moments bénis.
Je me couche un peu nostalgique de cette si belle époque, celle de mon enfance.

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