Samedi 4 mai 2024
On part de cette fameuse gare de Lyon qui doit désormais porter un peu de mon ADN vu le nombre de fois incalculable que j’y ai foulé mes baskets et mes bagages. C’est un peu chez moi et je suis heureux de partager cela avec ma fille.
Pour une fois, le train n’accuse aucun retard et nous regardons passer les paysages comme autant de tableaux de la France jusqu’à celui du Sud avec ses oliviers, vignes et cyprès. Bientôt Sète et ses canaux et enfin, progressivement, même si à plus de deux cent cinquante kilomètres heures, la notion est relative, mes territoires du Pays Catalan qui se profilent. Pendant ce temps Raphaëlle dort dans les bras de sa mère jusqu’à l’arrivée.
La nuit fut un peu agitée due à l’excitation du départ et c’est à huit heures trente pétante que l’on arrive tous les trois au port de Canet, devant Babar 2, notre navire de famille, qui va nous porter pendant deux semaines sur ma chère Costa Brava. Ma mère et Robert sont là aussi pour nous apporter des victuailles et serrer dans leurs bras notre petit trésor de famille.
Xavier, mon voisin du magasin AD Nautic, m’aide gentillement pour larguer les amarres. Ça y est, nous voici à emprunter le long canal qui nous mène vers le large. Raphaëlle, du haut de ses bientôt seize mois, ne se rend pas vraiment compte de ce qu’il se passe, mais pour nous deux, Doriane et moi, le moment est important et un peu solennel. La dernière fois où l’on partait c’était à bord de Babar 1. Qui aurait cru que nous allions un jour découvrir la joie d’être parents d’une si jolie petite fille à bord d’un autre bateau ?

J’envoie les voiles, éteins le moteur pour profiter d’un faible vent d’est qui doit nous porter vers le sud. Le Canigó veille sur nous et nous porte chance car les conditions sont clémentes pour cette première.
Du côté de Babar, les performances et le confort sont bien là. Je vais nous préparer le traditionnel petit café pendant que Raf, arnachée à son harnais joue dans le cockpit, peu intéressée par la mer tout autour d’elle. Nous rions, nous faisons les imbéciles, tout en laissant Babar nous porter en sécurité au gré du vent. Impossible pour moi d’être plus heureux, je vis le sommet de mon existence avec ces moments de bonheur total, dans mon élément.

Vers treize heures, le vent vient maintenant du sud-est, m’obligeant à remettre le cap vers la côte rocheuse. Un banc de brume nous enveloppe dans les parages du cap Cerbère. Mon petit équipage fait la sieste en bas et je gère avec un virement de bord en direction du large. Très vite le vent monte en régime, dissipe la brume et me propulse au près serré à plus de six nœuds. A bord tout est tranquille alors que le vent monte à seize nœuds et que je mets le cap direct sur Port de la Selva.


Une fois arrivés dans la baie, le vent tombe d’un coup nous obligeant à mettre le moteur. J’appelle le marinero à la VHF et, au bout de quatre ou cinq essais, il me répond et nous attend à notre place. Le quai est perpendiculaire au vent, je lance la marche arrière, le bateau part un peu en crabe porté par le vent, je le remets dans l’axe et j’arrive sur le quai. En lançant l’amarre arrière babord au gars, il me donne la pendille mais le bateau se met long du quai qu’il heurte sur la tranche tribord de la poupe laissant une petite cicatrice. Je passe à l’avant et tire sur la pendille pour remettre le bateau dans l’axe. J’enrage d’avoir raté aussi sublimement ma manœuvre mais c’est le métier qui rentre quand on prend en main un nouveau bateau. Je serai quitte pour une petite réparation du gel coat.
Nous foulons bientôt ce quai où je suis même allé avec non père à bord de Marsouin, mon ancien bateau, il y a plus de dix ans. Étrange d’y être désormais avec ma fille.
Le site est très beau et n’a rien à envier à la Grèce. Nous allons rester ici pendant quatre jours, pour nous reposer, profiter et laisser passer un coup de Tramuntana.
