Corse, 3e fois

Mardi 9 juillet 2024

Je me réveille engourdi d’une nuit un peu agitée due certainement au veau Comtesse du Barry dégusté hier soir avec un vin Catalan. Je traîne un peu jusqu’au départ, vers 11h, dès les premières risées d’un vent d’ouest qui annonce la traversée vers la Corse sous les meilleures auspices.

Je largue le corps mort et très vite j’éteins le moteur pour naviguer sous voile dans le canal entre Port Cros et l’île Bagaud. Trois virements de bord et c’est parti pour le large tribord amures.

Bloqué à dix nœuds, le vent est stable et la mer magnifique. J’envoie la voile légère d’avant de beau temps, le Code 0 et propulse Babar entre cinq et plus de six nœuds.

L’harmonie du moment est parfaite, en équilibre. Pourvu que ce vent reste à ce rythme, qu’il ne perturbe pas cette fragile symbiose entre la mer et mon voilier.

Le temps passe, et moi je m’occupe, entre navigation, lectures, repos et contemplation de la mer. J’aperçois enfin le premier dauphin qui vient me rendre une petite visite de courtoisie mais, solitaire, il ne s’éternise pas et sonde rapidement après quelques foulées à l’étrave.
Je continue à observer inlassablement la mer. J’y distingue une foule de détails, des couleurs, des mouvements, des oiseaux. Sur mon tribord à environ 300 mètres je vois du mouvement sous l’eau et… tout à coup, j’aperçois un énorme aileron et un plus petit ensuite, ça bouge dans tous les sens, ça doit être la curée là-dessous. Qu’est que ça pouvait bien être ? Un requin, sans aucun doute. Oui mais quelle espèce ? Un peau bleu, le plus fréquent ? Je ne pense pas car l’aileron était vraiment gros. Je n’ose l’imaginer… un grand blanc ? Je sais qu’il y en a plus que l’on croit en Méditerranée. Pas trop envie d’aller me baigner au large moi. Quand j’imagine que, à mes début à la voile, je me laissais traîner accroché à un bout à l’arrière du bateau sous pilote automatique.

Les heures défilent et la soirée arrive rapidement. Le vent ne cesse jamais, au contraire il fraichit un peu la nuit tombée. J’enroule le Code pour passer sur génois. Nous allons à plus de six nœuds. A ce rythme nous arrivons en Corse au petit matin. Je n’ose y croire.
A partir de minuit je lance mes nombreux cycles de siestes de 15 minutes qui me permettent de tenir toute la nuit tout en conservant une veille. Je croise quelques voiles et peu de cargos ou paquebots.

Le soleil commence à pointer ses rayons et me permet de découvrir, devant moi, imposante, l’île de beauté ! Mais je dois encore rejoindre le fameux phare de la Revellatta qui me signale sa présence depuis plusieurs heures. Aux approches de l’île, le vent monte d’un cran certainement excité par les reliefs et alimenté par la chaleur de la terre.

Je double le phare de Calvi 19 heures après avoir appareillé de Port Cros et ce sans avoir branché une seule minute le moteur pour faire 110 milles nautiques. Le temps de faire le tour du propriétaire de la zone de mouillage, je mouille l’ancre par huit mètre de fond. Je peux apprécier le merveilleux paysage de la baie de Calvi entre la citadelle qui a vu Nelson perdre son œil et les montagnes Corse du Monte Cintu et des névés de neige étrangement encore éternelle.
Je ne suis pas vraiment fatigué et je saute à l’eau, ivre de joie !

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