La Corse en aller-retour

Vendredi 12 juillet 2024

Après cette belle traversée, je me réveille sur une mer de miroir que le vent soutenu de la veille n’a laissé aucun stigmate. Une petite baignade et je mets le cap sur l’île Rousse en profitant d’un vent léger qui me porte à l’est sans frémir. Le désert des Agriates est un de mes endroits préférés en Corse par sa sauvagerie et son isolement. Ces paysages secs de maquis et de roches me résonnent en moi comme une Méditerranée originelle telle que je me l’imagine. J’aime les paysages arides écrasés par le soleil et balayés par le vent. Je repense aux Cyclades que j’ai tant aimé. Et pourtant, heureusement, je reste toujours émerveillé dans cette partie de la Méditerranée que je connais bien. Toujours garder son émerveillement d’enfant ! C’est la clé du bonheur ! Et surtout savoir dénicher le merveilleux au creux d’une crique, sous les senteurs de l’immortelle.

Dans les parages de l’île Rousse le vent tombe littéralement me laissant ainsi, ballotté par la houle résiduelle. Je branche le moteur et arrive sur zone. J’appelle à la VHF et un homme sympathique m’octroie une bouée de libre. Je souligne la gentillesse des habitants, notamment le chef mécanicien d’un revendeur de bateau qui me donna une pompe pour gonfler mon annexe…

La suite de mes escales en Corse seront une succession d’une belle solitude de mouillages en mouillages, avec de rares expéditions à terre. Je voulais m’octroyer une retraite durant ces deux semaines de congés, à l’abri du vacarme du monde qui, décidément, fait son maximum pour tout foutre en l’air.
Moi je me nourris d’essences de maquis et de senteurs d’iode. Le vent balayant les souvenirs de la veille pour synthétiser le présent. Je respire, je ressens, je laisse mon esprit vagabonder sur l’onde. C’est ainsi que mes journées commencent, finissent et se succèdent. Si je suis bien à un endroit, j’y reste. Et, si je le pouvais, je resterais encore très très longtemps sur cette île…

Jeudi 18 juillet

Il est temps de repartir sur le continent après un séjour d’une semaine sur l’île de beauté. Je dois récupérer mes filles dans le Var, à Hyeres précisément.
La météo semble assez compliquée avec un flux d’ouest incertain, un régime de basses pressions et un coup de vent de Tramuntana prévu sur le Roussillon.
Il va falloir jouer serrer. J’ai deux options, soit une route nord avec beaucoup de moteur et ensuite l’espérance d’une route au près vers l’ouest, soit sud ouest pour chercher le vent et remonter au près serré mais avec forcément plus de houle. Je choisis évidemment la deuxième option, faut pas déconner.
Je pars lentement du mouillage dans la baie de Saint Florent. D’abord au moteur puis rapidement uniquement sous voile mais par régime lent à trois nœuds max. Je me fais d’ailleurs bien déposer par un magnifique Pogo 12.50.
Mais je maintiens la voile jusqu’à la moindre volute d’air. Le cap de la Revellata est doublé, cap sur le large et avec lui le ventilo qui s’est éteint m’obligeant à enclencher la risée Yanmar. Le coucher de soleil sur une mer d’huile est un spectacle unique au monde. D’ailleurs qu’est ce qui pourrait être plus beau ?

C’est à la foi la fin et le commencement de quelque chose, la nuit en mer. A terre la nuit est synonyme de sommeil, de fête ou de violence. En mer c’est autre chose, c’est une deuxième journée, plus opaque, plus incertaine mais peut être plus belle encore. La mer n’a évidemment rien à voir avec la journée et nous devons faire plus appel à notre sixième sens marin qu’à notre vue notamment pour régler les voiles. On se rend également moins compte de la force du vent et de l’état de la mer. Par exemple sur les coups de minuit, le vent a sérieusement forcit mais en me permettant de refaire plus de nord est. Il souffle avec des rafales à plus de dix huit nœuds. Je sens que le bateau par en survitesse et qu’il est important de réduire.
Toute la nuit je vais devoir jouer avec les voiles.
A une vingtaine de milles de la côte, le vent reprend de la vigueur avec vingt nœuds et m’empêche de faire route directe sur Hyères, je choisis le port de Cavalaire mais à la bouée. Je passe le bout à celle ci après trente trois heures de mer pour 146 milles nautiques. Un peu fatigué…

Demain je rejoins le Lavandou pour accueillir mes filles !!!

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