Bonheur Méditerranéen

Samedi 7 juin


C’est parti pour quatre jours de petite croisière en solo.
Je sors du port vers 10h sous un vent très léger mais suffisant pour accrocher les trois nœuds.
Quel bonheur d’être en mer sous une météo qui commence à tutoyer l’été. Je fais un début de route de concert avec mon voisin de ponton, surpris par les performances de Babar 2.
Je glisse, paisiblement d’abord au travers puis au près. Le paysage défile devant moi avec harmonie, sans stress ni impatience de l’arrivée. Toute la philosophie de la navigation et ses plaisirs est résumée ici.
Vers 15h, dans les parages du cap Cerbère, le vent s’éteint d’un coup. Je patiente encore un peu, mais, je me motive à brancher le moteur, mon mouillage pour la nuit étant encore loin.

Le ronron du moteur me fait l’effet d’un somnifère puissant et je somnole doucement.
Tout à coup le moteur se met à caler. J’essaye plusieurs fois de le ranimer, en vain. Je descends dans la cale vérifier d’abord le filtre à air qui est OK. Je m’attaque maintenant, sans stresser, au circuit de gasoil. Et en desserrant la vis de purge, de l’air en sort. Ok je comprends, le gasoil n’arrive plus. Je n’ai pas le matériel pour vérifier tout ça. J’appelle le port de Banyuls situé à quatre milles de ma position pour leur demander une assistance quand je serai à l’entrée du port. Il est 16h et la personne du port m’indique que le bureau ferme à 17h. En gros démerdez vous ! J’appelle Port Vendres, même discours. Je m’interroge sur les compétences de ces ports si enclins à proposer des tarifs élevés pour s’amarrer à leurs quai mais inaptes à fournir une assistance, pourtant élément fondamental de la mer.
Je mets de suite le cap sur Port Vendres car un épisode de Tramontane est prévu dans la soirée et je serais bien embêté sans moteur.
En désespoir de cause je contacte le Cross Med par VHF. Après discussion avec une opératrice dont je salue ici le professionnalisme et la gentillesse, nous tombons d’accord pour que je bénéficie d’une assistance de la SNSM pour amarrer le bateau en sécurité dans le port.
Le vent commence à souffler comme prévu et, dans les parages du cap Bear je reçois 25 nœuds de vent que Babar négocie sans problème après avoir pris un ris dans la grand voile et deux dans le génois.
Il est 18h45 et je vois la vedette de la SNSM qui vient à ma rencontre. Ils refusent que j’entre dans le port à la voile et me remorquent depuis quelques centaines de mètres de l’entrée. Ils m’envoient une pomme de touline avec deux grosses aussières que je frappe en patte d’oie sur les 2 taquets avant. Et c’est parti à six nœuds direction le quai de commerce du port.
L’équipe est très pro et adorable. Ils s’occupent de tout, même d’amarrer le bateau.
Le maître du port de commerce est adorable aussi et m’aide à haler Babar jusqu’au niveau de la grille d’entrée derrière un gros thonier, le seul et dernier survivant de la pêche à Port Vendres. Je me rappelle il y a 15 ans quand je me baladais sur le quai, admiratif des chalutiers et thoniers. Quelle tristesse de constater qu’il n’y a plus d’activité dans ce port à part les touristes et les containers. J’ai même appris, la mort dans l’âme, que la fameuse criée du port avait fermé. C’est un désastre.
Rapidement je vais inspecter la cuve de gasoil par la trappe d’accès astutieusement installée craignant une panne sèche. La cuve est pleine, ce n’est pas ça. Le maître du port de commerce, décidément très sympathique, me propose de me mettre en relation avec un jeune collègue de la capitainerie qui est semble t il fin connaisseur de la mécanique. Il est tard et ça attendra demain.
Après une bonne douche et la pastaciuta de ma mère, je vais passer la soirée à bord d’un bateau de mes voisins de ponton de Canet, en escale, non forcée !

Dimanche 8 juin
C’est parti pour une matinée mécanique ! Valentyn, le jeune gars de la capitainerie va passer plus de trois heures à bord pour m’aider à diagnostiquer le problème. Le problème est simple et sans appel : il y a des bactéries dans le gasoil ! Valentin n’hésite pas à passer la main dans la cuve pour retirer des amats de bactéries après avoir soufflé dans la durite d’alimentation.
Babar peut enfin naviguer à nouveau. Mais je vais quand même mandater mon mécanicien pour qu’il vienne checker avant la croisière de cet été.
La Tramontane souffle fort en cette belle journée électrique et je décide de rester ici et passer la soirée avec mon vieux pote Pierro venu exprès de Laroque.

Lundi 9 juin
Je me lève à 8h30 après une solide nuit comme je n’en fait que sur Babar. Je décide d’aller dans baie de Paulilles distante de quelques milles pour passer la journée, me baigner, lire et y passer la nuit.
Après deux heures de voile, je prends la bouée numéro 14 face au fameux sentier côtier que j’ai tant de fois arpenté depuis plus de 30 ans. C’est étrange d’apprécier le même endroit depuis deux points de vue radicalement opposés. J’aime tant cette côte et ce pays, je le connais si bien que je pourrais le dessiner les yeux fermés.


La soirée arrive et la pleine lune peu à peu se dessinne dans les astres. Dans son sillage, la mer scintille dans l’obscurité créant une ambiance apaisante renforcée par l’absence de vent qui s’était pourtant sérieusement renforcé dans l’après midi, faisant fuir tous les bateaux autour de moi. Je suis seul à apprécier ce moment enchanté, jaloux de le préserver et de le faire durer. Je reste ainsi sur le pont pendant des heures, parfois à gratter quelques arpèges sur ma guitare. Il n’y a pas de plus bel endroit au monde. A quoi bon finalement aller au bout du monde quand on vit cette parenthèse enchantée ?
23h30, je décide d’aller me coucher, enveloppé de douceur.

Mardi 10 juin
Depuis ma cabine, je ressens les effets du soleil et ses rayons apaisants. Quel plus écrin au monde pour se réveiller et prendre son petit déjeuner. Je laisse ainsi couler la matinée, et, après une petite séance de snorkelling et de baignade dans une eau déjà douce, je largue le mouillage à la voile pour ne pas perturber le moment.
Cap sur Canet pour clôturer cette petite croisière.

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