Traversée vers Minorque

Mardi 22 juillet


Ça y est cest parti ! Cap au 165 degrés direction l’île de Minorque aux Baléares. C’est la quatrième fois (ou peut être la 3e… je ne sais plus vraiment) que je vais aux Baléares. La dernière fois j’avais dû, avec mes 2 autres bateaux amis Margot et Petit Vent de Sud, contourner Majorque par le sud pour arriver à Minorque. La météo annonce du vent de nord ouest suivi d’un vent de sud qui forçit en fin de traversée.
8h10, je lève l’ancre ! Au début le vent est faible à sept nœuds me permettant néanmoins de faire du quatre nœuds sans forcer. Rapidement une fois libéré de l’influence de la côte de Palamos, le vent monte en régime, la mer aussi et je file à sept nœuds tout dessus.

Les heures défilent et la terre n’est plus qu’un mince liseré. Une sensation mêlée d’excitation et de solitude m’envahit. Mon esprit divague un peu au grès de mes sensations et mon regard s’attarde sur l’armature du bimini pour observer un petit passager. Une araignée qui a élu domicile et que j’observe à refaire sa toile, après la navigation mouvementée d’hier. Cest idiot mais sa présence avec moi est agréable. Nous sommes dans deux mondes parallèles mais finalement nous partageons le même environnement.
Vers 15h les conditions sont remplies pour que j’envoie le spi. La manœuvre en solitaire, en pleine mer, est évidemment très soignée.
Je conserve ce dernier pendant plus d’une heure.

Il est temps de dire au revoir au soleil. Je le regarde disparaître progressivement sur l’horizon. Observer ce cycle est une manière de se connecter avec le temporel et le spirituel. Et surtout ressentir cette sensation de faire partie d’un tout, de partager ses éclats avec l’ensemble des habitants de la planète, morts, vivants, animaux, végétaux. Un sentiment plus mitigé s’installe aussi, une relative inquiétude et un manque. Celui de ma fille. J’espère un jour partager cette vision avec elle, ne rien lui dire, juste ressentir et admirer.

Babar file toujours, immuable, droit sur ses lignes. Je suis maintenant au près et dois effectuer quelques virements de bord au large pour éviter de partir sur Ibiza. C’est laborieux et pénible. À 1h30 du matin, le vent n’est plus suffisant pour me propulser à trois nœuds qui est ma limite avant de mettre en marche le moteur.
Je décide de mettre le cap sur Fornells distante encore de 60 milles nautiques.

C’est à partir de 2h du matin que j’amorce mes cycles de siestes de 10 minutes. J’arrive à tenir ce rythme jusqu’à plus de 6h alors que le soleil se lève. J’aperçois alors l’île de Minorque. Je me sens plutôt en forme un peu comme si j’avais fait une nuit courte mais pas blanche.

Dès que j’arrive à obtenir du réseau, je fais le point météo pour constater qu’un gros coup de vent de Tramontane va arriver d’ici la nuit prochaine. Je regarde sur la satanée application de réservation de ports ou de bouées, le truc machin IB truc. Encore une merde pondue par des cracks de la tech. Et là horreur, rien n’est disponible, pas même une petite bouée sur Fornells, au nord de l’île. Que faire ? Je n’aime pas ce genre de situation à me retrouver sans solution. Je n’ai pas envie d’aller au mouillage car, après une traversée, j’ai envie de repos et pas de stresser sur une incertitude de fonds et de tenue, d’autant que le coup de vent va aussi apporter des orages et des pluies fortes.
Je téléphone à des ports, même sur Majorque. Rien, nada. Alors que je me trouve au niveau de Ciutadella, j’arrive à obtenir le service des pontons flottants de Mahon, la capitale de Minorque. Et là surprise, je tombe sur une charmante dame qui me réserve une place. Mais il faut que j’arrive avant 21h et il est 13h30. Impeccable, j’ai le temps car la distance est d’environ 25 milles.
Oui mais ça c’est la théorie et si j’étais un oiseau… la réalité c’est que, passé le cap sud ouest de l’île, je reçois un vent venant de l’est, c’est à dire pile dans la direction où je dois aller. Et si ce vent était faible, à la limite j’aurais appuyé au moteur. Le vent est de 18 noeuds établis avec des rafales à 23 ou 25 nœuds, et la mer est agitée avec une houle bien formée.

La fameuse île de l’Aire

Je vais devoir effectuer 11 virements de bord pour arriver jusqu’à Mahon. Je vais donc quasiment doubler la distance et arriver à 21h45 !
C’est ainsi que se termine cette traversée, 193 milles nautiques en 38h de mer (au lieu de 130 en théorie). J’ai songé arrêter le bateau pendant que j’enrageai à essayer de doubler l’île del Aire au sud est de l’île.
Finalement ma place a été préservée et je me suis débrouillé tout seul pour l’amarrage.
Je regrette l’époque où il n’y avait pas ces applications à la con ou ces nouvelles méthodes de réservation de places au port comme à l’hôtel. Cela restreint le champ de la liberté offert par le bateau, c’est contre nature et uniquement pour satisfaire les hordes de loueurs et locataires de bateaux, souvent des catamaran qui prennent 2 places au port. Avant, on arrivait devant le port, on prenait sa VHF, cana 9, et souvent le port vous trouvait de la place car il gérait les places sur l’instant et pas sur des réservations. Bref, je vais encore passer pour un vieux con, mais OUI c’était mieux avant ! Merde alors !

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