De Mahon aux calas du sud

Jeudi 24 juillet

Enfin je goûte un repos bien mérité. L’endroit est, si on passe outre le tarif exorbitant de 105€/nuit, vraiment de tout repos. Babar est amarré à un drôle de ponton carré flottant derrière une petite île au beau milieu de la rade de Mahon. Ce ponton, avec accès eau et électricité, peut accueillir environ 12 bateaux. Là nous sommes six. Je fais la connaissance d’un voilier voisin arrivé lui aussi hier soir. C’est une bande de joyeux drilles d’une école de voile Macif avec un jeune skipper de type baba cool des mers.
La mauvaise nouvelle du jour c’est l’apparition sur mon œil gauche d’un mechant chalazion contre lequel j’avais, fort heureusement, embarqué un traitement.
La météo est mauvaise avec de gros épisodes de pluies et orages. Le vent qui souffle en coup de vent en pleine mer est à peine perceptible ici.

Je profite de la journée pour visiter Mahon et me reposer. Mahon est une ville assez singulière avec des enfilades de jolies maisons de ville blanches mais manque, à mon sens, d’un vrai charme. Autant la rade est magnifique avec des petites maisons insolites sur les bords et des vestiges mémorables de l’époque des anglais avec des infrastructures militaires, autant la ville en elle même est assez quelconque.


Vendredi.

Je me mets en quête d’une randonnée dans les alentours mais me perds dans une zone portuaire sans intérêt et décide de retourner sur Mahon. Ce séjour m’aura juste permis de me reposer et nettoyer le bateau mais sans aucun autre intérêt notable.

Samedi.

Je décide de rejoindre un mouillage du sud de l’île en prévision d’un énième coup de vent prevu d’ici dimanche nuit. C’est toujours le cœur léger que je largue les amarres et avance dans la rade grand voile haute.

La mer n’est finalement pas vraiment agitée des coups de vent de la veille. Je passe le cap sud est qui m’aura donné tant de fil à retordre à l’aller. Et là, croyez le ou pas… rebelotte, même scénario mais dans l’autre sens. Un vent d’ouest de 18 noeuds établis dans la direction où je souhaite aller. Et c’est reparti pour la série sans fin des virements de bord. Sauf que là je trouve le vent encore plus fort avec des rafales à 25 nœuds. Je prends un ris dans la grand voile et un dans le génois.

Ça avance fort et j’arrive bientôt sur le mouillage choisi. Il s’agit de la platja de Binigaus. Je mouille l’ancre par cinq mètres d’un fond de sable. Le vent est moins fort et la mer moins agitée.
Une belle plage bordée d’une forêt dense de pins typiquement minorquine se presente devant moi.  L’eau est turquoise et le sable blanc. Bref c’est enfin le petit paradis des Baléares.

Mais, comme souvent sur cette côte sud, exposée au vicissitudes du large, l’enfer ne va pas tarder à pondérer l’enthousiasme du début. Une petite houle de rien du tout persiste toute la soirée et, vers minuit, l’absence de vent positionné le bateau travers a la houle et c’est parti pour une séquence de machine à laver en mode essorage. Impossible de dormir dans ma cabine, j’essaye meme celle de ma fille a l’arrière. Enfin j’arrive à trouver le meilleur compromis, en m’allongeant sur la banquette du carrée et en me calant avec de gros coussins contre la table. Ainsi  progressivement mes paupières se ferment pour se réveiller vers 7h30, le plan d’eau enfin apaisé. Mais je lève rapidement l’ancre pour essayer de trouver une crique plus à l’ouest et mieux abritée. Hélas, après en avoir visité deux autres, je ne suis pas convaincu car, la Tramontane du nord va souffler dans la nuit prochaine et je cherche surtout un espace large de sable et pas un trou de souris. Je reviens donc à mon emplacement précédent mais en me calant plus face à la falaise arborée située plus à l’ouest. Je mouille par quatre mètres 30 mètres de chaîne.
La journée se passe tranquillement entouré de petites vedettes et d’un grand nombre de touristes.

Je décide d’aller faire une balade à terre à la découverte de cette belle forêt. Je marche ainsi par un « Camí de caballs » dans un environnement de senteurs. Il fait chaud, je me sens bien, dans mon élément, et surtout j’ai laissé derrière moi les hordes de touristes. Je m’étonne toujours voir des gars à poil, à toujours regarder l’horizon debout sur la plage, les mains sur les hanches. J’ai jamais vraiment compris cette attitude.

Le soir venu, un phénomène a déboulé sur le mouillage sans crier gare. Une houle énorme de plus de un mètre a créé un véritable champ de bataille en balayant tous les bateaux présents. Je n’ose imaginer le moment où dans la nuit le bateau sera pris par le travers dans cette houle lourde quu déferlait sur le rivage avec un grondement lourd.
Je décide rapidement d’aller mouiller une ancre sur l’arrière de Babar vers la plage pour positionner le bateau face aux vagues. La manœuvre est homérique pour monter à bord de l’annexe avec l’ancre dans des embarqués scabreuses. Au bout de deux tentatives j’arrive à effectuer la manœuvre, et une fois revenu sur la bateau, je reprends l’aussière sur un taquet. Le bateau est ainsi dans une positon acceptable en prenant du tangage largement plus vivable qu’un roulis infernal. Cette idée m’aura sauvé la nuit…

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