Une fin de croisière de haut vol

Vendredi 26 mai 2023

Finalement le vent de nord prévu n’est pas venu et la nuit fut tranquille. Mais j’ai envie de retourner dans ce petit havre de paix qu’est Agistri. J’attends donc patiemment au mouillage que les nombreux bateaux de location lèvent l’ancre. Et ce qui devait arriver arriva, le voilier en bout de ponton qui occupait MA place s’en va enfin vers dix heures trente. Ni une ni deux, je m’empresse de prendre sa suite. Et je passe ainsi la journée à me détendre et à flâner. Le soir arrivant j’ai une petite angoisse, comme un pressentiment que quelque chose cloche ou va clocher. Ce sentiment m’empêche de profiter pleinement de ma dernière soirée avant le retour prévu demain sur Athènes à la Marina Zea et je compte laisser Babar durant le mois de juin, comme je le fais tous les ans désormais.

Samedi 27 mai

Lever à six heures, le moteur démarre, mon pressentiment de la veille n’était donc pas en rapport avec cette inquiétude de tous les marins. Je double le petit feu d’entrée du port, dis au revoir à ce charmant endroit et envoie les voiles que le vent du nord, enfin là, fait porter aussitôt. Je suis babord amures sous une dizaine de nœuds de vent, cap direct sur Athènes distante de vingt deux milles environ.

Ciao Agistri

Je scotche déjà un voilier qui fait la même route que moi. Passé Egine, le vent faiblit mais reste suffisant pour me pousser à plus de quatre nœuds. Il est temps de prendre mon petit déjeuner à la gite, tranquille.
En arrivant bientôt dans le rail des nombreux navires de commerce qui vont et viennent sur le Pirée, le vent monte brutalement à quinze nœuds, puis vingt. C’est le Meltem qui commence son récital. Je garde un bon cap mais Babar souffre et accuse une gite trop forte. Je décide de prendre un ris dans la grand voile en conservant le génois entièrement. Mais ça continue de monter avec des claques de près de vingt huit nœuds. Parfois même en alternance avec des périodes à moins de dix nœuds. Au début, j’alterne en renvoyant des ris puis en reprenant. Mais ces manœuvres commencent à me fatiguer d’autant que j’ai l’impression que le vent se stabilise à vingt cinq nœuds, ce qui reste sportif alors que j’ai conservé le génois entier avec un ris à poste sur la grand voile.

Après plusieurs virements de bord dans la grande baie du Pirée en évitant les frêles esquifs comme les plus gros yachts, j’arrive devant la marina. J’appelle sur la VHF et un zodiac avec deux marineros me guident à ma place. Et là, c’est l’horreur. Une place de merde longside sur le quai public, là où tout ivrogne, la nuit peut monter sur le pont de Babar et dégueuler partout. Sans compter qu’il y a des espars métalliques qui sortent du quai et peuvent abîmer la magnifique robe verte de mon Babar. Je comprends désormais l’origine de mon pressentiment… je vais immédiatement à la Capitainerie fais mon petit numéro de charme et de déconne. La jeune femme me dit alors qu’elle comprend mon mécontentement, pour la peine m’offre un pack avec thermos, huile d’olives, savons etc… en me disant qu’ils vont voir ce qu’ils peuvent faire et me rappellent. Hors de question de laisser mon Babar ainsi pendant un mois. Finalement elle me rappelle au bout de deux heures pour me donner une nouvelle place, ponton G place 002 ! Ouf !
Je peux maintenant me détendre, ranger et nettoyer mon fidèle Babar en vue de son séjour en solitaire à Zea Marina.

Je vais maintenant prendre l’avion pour retrouver ma petite famille adorée.
Mais j’emporte avec moi un bout de Grèce !

Le bilan de la croisière est excellent.
Total de miles nautiques parcourus : 386 (environ 700 km).
67 heures de voile. Des pointes enregistrées sur le fond à 10.3 nœuds.
24 heures de moteur.

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