Ma fille sur les traces de mon enfance

Dimanche 12 mai 2024

Les jours se suivent entre pluie, soleil et rires de Raphaëlle.
Et puis il est temps de mettre le cap sur l’Escala, lieu de mon enfance. Y retourner avec ma fille est plein de sens et d’émotion. Nous sortons du port de Roses par vent très très faible. Mais je m’entête à conserver les voiles sans brancher le moteur. Nous arrivons ainsi, en mode tranquille alors que le temps devient menaçant.
Nous sommes accueillis avec beaucoup de prévenance et installés à une belle place. C’est aujourd’hui l’anniversaire de Dodo et nous allons, le soir venu, au restaurant du port tous les trois.

Lundi 13 mai

Une belle journée se présente avec en point d’orgue la visite des ruines d’Empuries. Pour moi ça doit faire ma cinquantième visite, car j’y allais souvent avec mon grand père. Mais le plus important c’est cette première comme aucune autre avec ma fille. Si mon grand père était encore là… mais il a disparu il y a tellement longtemps que j’ai l’impression que c’était un rêve d’enfance, qui n’a pas vraiment existé. Et pourtant tout ce qui a construit mon enfance, tout pointe vers cette petite, la dernière, l’ultime représentante de ma famille. Traverser ces ruines d’une civilisation longtemps disparue prend un nouveau sens pour moi, quelque chose de précieux et fragile. Ce petit être est aussi la récipiendaire de tout ça, la porteuse d’un avenir. Je reste convaincu que rien n’était mieux avant ou même que rien ne sera mieux dans l’avenir  mais que tout est nécessairement fragile et beau et que tout finit par s’écrouler tôt ou tard, remplacé par autre chose, un autre cycle dont les témoins ne perçoivent pas la différence, ils vivent leur réalité contre vent et marée, point barre. Je ne veux pas faire reposer sur ces fragiles épaules un avenir pour l’humanité. D’ailleurs je n’aime pas les idéalistes, ce sont souvent des gens qui généralisent leurs frustrations en s’imaginant qu’elles concernent tout le monde. Ce sont souvent des précurseurs au totalitarisme.
La journée s’est évidemment conclue par un petit apéro au bateau comme… tous les soirs !

La mer commençait à me démanger, surtout après de forts épisodes de pluie bienfaitrice mais un peu agaçante. Il était temps que l’on reparte pour un nouvel endroit, hélas beaucoup moins charmant, l’Estartit. Je ne vais pas m’étendre sur cet endroit, non seulement car nous y sommes restés bloqué une fois de plus par la pluie mais aussi car rien n’y est vraiment intéressant.

Vendredi 17 mai

Nous commençons aujourd’hui par amorcer le retour que je prévois en deux temps. Tout d’abord cap sur Port Bou et ensuite retour à Canet. Nous partons enfin pour une belle navigation de trente milles nautiques qui commence par un vent très faible qui va monter en puissance au fil de la journée. Peu avant Cadaques, j’envoie le Code pour profiter des faibles volutes.
Dans les parages du cap de Creus, le vent monte significativement jusqu’à atteindre les vingts nœuds. Évidemment j’ai rangé le code pour prendre un ris dans la grand voile (inutile mais j’avais envie de tester). Par vent arrière le bateau est très stable et fonce à plus de sept nœuds. Rien à envier à son petit frère Babar 1.


Nous arrivons bientôt à Port Bou et je laisse Doriane prendre la barre pour se familiariser avec notre nouvelle monture. Elle se débrouille comme un chef pendant que Raphaëlle dort dans sa cabine, imperturbable.
Le port de Port Bou n’a aucun intérêt même si le village est plutôt charmant dans un magnifique écrin de montagnes tombant dans la mer.
Peu de temps après notre arrivée, une flottille de vieux débarque sous vent soutenu. Ils sont quatre et totalement incompétents. Un se met en travers du quai, un autre heurte Babar dans une manœuvre merdique et un autre se met aussi en travers. Bref c’est du grand n’importe quoi et je dois, avec un voisin, mettre de l’ordre dans le bordel et les aider à correctement s’ammarrer. Je ne critique évidemment pas les erreurs des gens, ce que je critique c’est l’empressement à faire n’importe quoi. Quand il y a du vent et que la manœuvre s’annonce compliquée, tu temporise, tu attends que chacun s’amarre et tu n’hésites pas à demander de l’aide. Bref j’ai passé près d’une heure à aider tout ce petit monde. Mais ce qui m’a plus énervé c’est notre voisin qui a heurté Babar, ne s’est pas excusé, entretient mal son bateau avec les voiles affalées n’importe comment, une capote à moitié déchirée et la clope au bec. Le gars qui, à la retraite s’est payé un barlu pour prendre l’apéro.
Après cette petite pagaille, je rejoins mes filles sur la plage de Port Bou pour aller voir des ânes Catalans !

Samedi 18 mai

Nous attendons tranquillement que le vent se lève un peu et quittons le port vers dix heures environ. Le vent reste faible mais suffisant pour ne pas brancher le moteur. Je décide d’aller nous arrêter dans la baie de Paulilles pour essayer le guindeau electrique. Évidemment, là aussi des champs de bouées ont poussé comme des champignons. Sauf que… la zone est entièrement de sable avec peu d’espaces dédiés à la Posidonnie. Encore un prétexte pour enfermer, contraindre, plier encore et encore. Après cette expérience de guindeau satisfaisante, nous mettons le cap sur Canet que nous atteindrons paisiblement, heureux de cette belle petite croisière en famille.

Je n’allais pas plus vite avec Babar 1 dans les mêmes conditions


Le bilan est intéressant.
– 122 milles parcourus
– 23h de voile
– 6h de moteur
– Hélas aucun mouillage et 548€ pour 14 nuits de port.

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