Un endroit magnétique

Vendredi 7 juillet 2023

Aujourd’hui je n’ai pas grand chose à raconter car j’ai décidé de rester deux nuits blottis dans ce paradis. Je me réveille sur un véritable lac, pas un son, pas un mouvement, juste quelques cigales qui commencent leur récital. Je crois que les grecs ont le souci de la quiétude séculaire d’un site. Ils font attention à ne pas offenser les dieux qui se cachent en toute chose, et prennent soin à conserver cette part d’éternité. Il n’y a personne sur le quai à part un petit vieux qui tire une ligne de pêche de façon mécanique, comme s’il savait déjà qu’il n’allait rien pêcher, mais il le fait car c’est le rituel du matin sur le petit quai.

Ce matin, je pars en excursion à la découverte de ruines antiques au-dessus du village en promontoire sur la mer. Il s’agit des vestiges d’une acropole du cinquième siècle avant JC. La distance temporelle me donne un vertige. Comment vivaient les gens qui ont construit ces ouvrages ? Ressemblaient ils aux Grecs modernes ? Quelles étaient leurs aspirations ? Je m’imagine les difficultés terribles à vivre ici à une époque où tout effort, toute construction, toute culture représentait un effort énorme de la part des hommes. Les ruines sont… totalement en ruine. Il ne reste que de gros blocs de pierre, mais ce qui me frappe c’est le côté à la fois solennel du site et sa vue superbe à 360°, dont la moitié sur la mer et l’autre sur les montagnes. C’est fascinant et émouvant. Je reste ainsi un long moment à observer et ressentir les énergies mémorielles de l’endroit malgré la chaleur qui commence a devenir excessive. Il est temps de rentrer au bateau.
Le reste de la journée est occupé à la détente et la sieste. Le soir je rencontre une dame avec son gentil chien et lui propose de partager ma table. Nous passons ainsi la soirée à discuter archéologie (elle est archéologue et directrice de musée) et art de vivre à la grecque. Une belle rencontre.

Samedi 8 juillet

Il est temps de partir. J’éprouve une certaine difficulté à me convaincre de la nécessité de quitter ce paradis, un peu comme si j’étais attaché magnétiquement. Il est encore tôt et il n’y a personne sur le quai. Je commence par tirer sur le bout que j’avais passé sous une grosse chaîne sous l’eau. Et, comme je m’y attendais, je rencontre une forte résistance, impossible de le libérer. Je n’ai pas le choix, je dois aller à l’eau pour voir ce qu’il se passe. Comme je le craignais, le bout s’est enroulé autour de ma chaîne, elle-même s’étant prise dans la grosse ancre à jas abandonnée. Bref, c’est la merde totale. Je fais plusieurs allers retours en apnée comme un canard pour essayer de démêler le bordel. Je m’épuise un peu, d’autant que je n’ai pas pris de petit déjeuner, je suis déjà un peu essoufflé de ces aller-retour. J’essaye de couper le bout avec mon couteau de plongée, impossible. Petit à petit et au bout de plus de trente minutes d’efforts, je commence à parvenir à mes fins. Mais tout à coup, je me retrouve piégé par le bout dont une grande partie flotte entre deux eaux. L’horreur, je commence à manquer d’air. Après un gros effort je parviens à me libérer et revenir en surface. Je suis un peu sous le choc après cette expérience terrible. Mais je dois vite me reprendre car l’ouvrage n’est pas terminé. Je décide de remonter le bout restant avec le winch. Bingo ! Tout arrive enfin à venir et je peux tout remonter et mettre les gaz. Comme Circée, c’est un peu comme si le lieu voulait absolument me garder ici.

Faut arrêter les conneries

Nous mettons maintenant le cap sur Spetses par un bon vent. La navigation se déroule parfaitement bien et nous arrivons dans une petite baie enchanteresse et calme à l’entrée du golfe de Porto Helli après onze heures de mer pour quarante huit milles nautiques. Les cigales m’accueillent allègrement et les odeurs de pins environnant m’enveloppent. Je me sens bien et apaisé du stress du matin. Comme toute épreuve, j’en tirerai une leçon, ne jamais doubler un mouillage avec la chaîne et un bout pris sur un coffre, dans le cas où le bateau va éviter selon les directions du vent. Et ne jamais se croire invulnérable ! Et surtout, merci à mes entraînements en apnée.

Une réflexion sur “Un endroit magnétique

  1. Avatar de Jean- Yves Jean- Yves

    Nous avons mouillé à peu près au même endroit (Gerakas) cette année. Et comme je suis incapable de plonger en apnée, nous avons seulement mouillé l’ancre. Et aucun problème, comme d’hab…. C’est la plus belle ria grecque ! On y voit même des chats plonger pour y attraper des poissons.

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