Dimanche 26 juillet
La nuit a enfin été fraîche, j’ai même été obligé de mettre les draps !
Je décide de partir la journée en exploration à bord de mon nouveau petit vélo pliant. C’est un moyen très pratique d’aller au-delà des zones portuaires lors des escales pour découvrir l’intérieur des terre.

Objectif du jour, découvrir le site archéologique de Talati de Dalt situé à environ 5km de Mahon.
Après être allé prendre mon sacro saint café sur une terrasse ombragée de la ville, je sors de celle-ci et emprunte des chemins ourlés de murets comme autant de frontières entre les nombreux exploitants agricoles de l’île. Je croise des vaches qui donnent le fameux fromage minorquin fort en caractère. Je suis seul et j’aime cette ambiance très aride avec le vent qui souffle dans les oliviers. Je sens même avec délectation la poussière dans ma bouche. J’aime goûter la terre d’un pays.
J’arrive enfin sur le site, situé au beau milieu des cultures, dans une forêt d’oliviers qui renforcent l’impression figée dans le temps et infuse la paix sur l’endroit. Je discute un bon bout de temps avec la jeune fille qui tient la guérite de l’entrée et qui doit se sentir bien seule avec le faible nombre de visiteurs, les touristes préférant les calas bondées de la côte sud plutôt qu’aller s’aérer l’âme et l’intelligence.

J’apprends qu’il s’agit d’un village de la culture « talaiotique » qui date d’environ 2000 ans avant JC. Nous sommes donc dans la période de l’âge de bronze. Ce sont les premiers habitants de l’île et leur origine est empreinte de mystère, il semblerait qu’ils venaient du territoire de la France d’aujourd’hui mais les recherches sont en cours et ne sont pas prêtes à être abouties. Le village devait comprendre une centaine d’habitants bergers ou agriculteurs.

La période la plus active du village a eu lieu entre le 4e et le 2e siècle avant J.-C., quand les commerçants puniques de l’île d’Ibiza vendaient des produits aux communautés des Baléares, ce qui a entraîné une période de stabilité économique pendant 300 ans. Ensuite, la décadence de Talati arriva au 1er siècle après J.-C avec une occupation de plus en plus faible.

Bien entendu, comme souvent lorsque l’on visite un site très ancien, il faut développer son imagination et ses sens pour se projeter sur leur mode de vie et s’imprégner de l’essence du lieu. Etant le seul visiteur, il ne m’est pas difficile de partir en quête et je reste un long moment, assis sur une pierre à contempler et rêvasser.

Lundi 27 juillet
La tramontane s’est un peu calmée, il est temps de partir. Je souhaite rejoindre un mouillage sur la partie sud ouest de l’île pour optimiser ma position pour le départ vers la fin de la croisière.
Le début de la navigation est très houleux avec des creux de deux mètres héritiers de la tramontane, jusqu’à la point sud est de l’île, où la mer s’apaise et le vent vient du sud ouest me permettant de faire une belle route de 27 milles nautiques au près bon plein.
En arrivant vers 17h30, je longe quelques calas mythiques mais bondées de bateaux (Macarella, Turqueta…), jusqu’à trouver mon havre de paix pour la nuit, la cala de Talaier, entourée de roches agressives mais au doux fond de sable. Nous ne sommes que 3 bateaux.
Je vais rester ici la journée de mardi pour me reposer et profiter encore un peu de la belle vie du mouillage…
