Doriane et Raphaëlle ne seront finalement restées que 6 jours. La faute à cette satanée canicule qui a posé de sérieux problèmes à notre croisière. Même moi, qui suis pourtant adapté à la chaleur, j’avoue que ces derniers jours ont été une épreuve. La chaleur était souvent de 34 degrés à l’intérieur du bateau, même si il est nécessaire d’ajuster le vrai impact en ajoutant la forte humidité atmosphérique qui était parfois de 98%. Autant dire que la température ressentie dépassait allègrement les 40 degrés.
Que pouvons nous faire dans de telles conditions ? même dormir est impossible. Quant à aller à terre pour visiter c’est exclus. Ne reste que la maigre consolation du bain de mer. Mais dans une eau à 28 degrés, la satisfaction est maigre.
Nous sommes restés toute la semaine à la même bouée dans la Cala de l’Illa Colom que nous connaissons bien pour y avoir passé un moment lors de la croisière de l’an dernier. L’endroit est parfait pour nous car nous avons une belle petite plage très peu fréquentée sur l’île voisine. Nous y allons le matin avec l’annexe en deux coups de rames. Les moments passés ainsi dans l’eau sont évidemment des marqueurs forts de nos souvenirs de famille. Raphaëlle est très à l’aise dans l’eau et réclame sans cesse de jouer avec nous.

L’après midi est, quant à lui, long et douloureux enfermés dans le bateau. Le soir arrivant nous guettons un petit vent frais salvateur mais c’est une bien mince consolation. Ensuite vient le moment que je crains le plus, le coucher avec la certitude de passer une nuit quasi blanche, en sueur. Heureusement Doriane et Raphaëlle, auxquelles j’ai donné la cabine avant, la plus aérée, arrivent à dormir un peu.
Rapidement nous arrivons à la conclusion qu’il ne sert à rien de continuer dans ces conditions. Et voilà que mes femmes adorées reprennent l’avion vendredi 24 juillet pour Perpignan via Barcelone. Elles vont être chouchoutées chez ma mère, dans la clim et en profitant des plaisirs des bains de mer sur Canet, sans l’entrave terrible de la chaleur.
Et moi dans tout ça ? c’est simple, je dois rester sur le pont et ramener le bateau dans de bonnes conditions. Comme les capitaines d’antan, je reste avec le navire coûte que coûte.
Je décide de rester dans les parages de Mahon le temps de laisser passer un coup de vent de Tramuntana sur le week-end. Je n’ai jamais autant souhaité son arrivée car c’est l’assurance qu’elle apporte avec elle la fraicheur et le dégagisme de l’effet de serre qui s’était emparé depuis plusieurs jours des Baléares et nous tenait tous dans ses griffes acérées.
Samedi 25 juillet


Entrer dans la rade de Mahon est un véritable spectacle à ciel ouvert. Sur tribord on peut admirer, dans un environnement de roche et de végétation rabougrie, les nombreuses fortifications qui ont été le témoin des conflits européens depuis le XVIe siècle. Tout d’abord construites par Philippe II d’Espagne pour lutter contre les pirates et barbaresques, ce sont surtout les britanniques qui, ayant envahi et occupé l’île au XVIIIe siècle vont renforcer les défenses pour faire de Minorque leur principale place forte de Méditerranée. La forteresse dite de la Mola, quant à elle, a été érigée par les Espagnols ayant repris l’île, pour la verrouiller l’entrée du port.
Sur babord, ce sont de belles constructions d’un hameau de Mahon, Es Castell, qui fait penser à une station espagnole de l’ancien temps, un peu désuète et familiale. De jolis restaurants bordent les quais et font penser un peu à la Grèce.
En s’enfonçant un peu plus vers le fond de cette longue rade, l’environnement devient plus résidentiel haut de gamme sur tribord après avoir doublé l’Illa del Rei, qui fut un hôpital que l’on peut visiter et accueille un bon restaurant (d’ailleurs nous y sommes allés diner avec Dodo et Raf le soir de leur arrivée). Et sur babord l’urbanisation de Mahon a fait son œuvre.
Les autorités portuaires m’ont installé sur un quai flottant au fond de la baie, bien protégé des affres du vent et de la houle, comme sur un lac.

Dans l’après midi, déjà les effets salvateurs de la Tramuntana se font sentir. Le temps est moins lourd, plus sec et la chaleur agréable. Sur le ponton flottant occupé par une douzaine de bateaux, dans une ambiance de village, je fais la rencontre d’un très sympathique couple d’italiens à bord de leur beau Halberg Rassy et accompagné de leur Jack Russel. Je vais passer la soirée à dîner et discuter sur notre amour en commun de notre Mare Nostrum. Entre une biologiste et un architecte à la retraite qui a aussi travaillé dans la production audio visuelle pour la RAI, le moment est d’une grande richesse. Guido a un vrai talent de conteur et d’illustrateur inspiré des navigateurs ethnographiques de l’ancien temps. J’essaye de m’inspirer moi aussi de cette belle époque où la science se mêlait à l’art à travers des carnets de voyage d’une valeur inestimable. Mais je suis loin d’avoir le talent de Guido ! D’ailleurs il va éditer ses carnets de voyage. J’attends avec impatience de pouvoir commander la première parution. J’ai appris beaucoup de chose à l’écouter parler et conter les peuples de Méditerranée, mer au patrimoine culturel et naturel le plus riche au monde. Ce que j’apprécie avec les italiens c’est leur capacité, que nous avons aussi en commun avec eux, de s’exprimer avec passion et en jouissant du plaisir des mots.