Beautés et frayeur

Vendredi 11 septembre 2020

Nous adorons les ports grecs mais j’avoue que les mouillages me manquent un peu. Les ports des îles ioniennes sont souvent bondés même à cette saison et Babar et Solenzu ne cessent d’attirer l’attention des autres plaisanciers et des passants. Nous devons régulièrement faire la conversation. Je ne m’en plains pas car, par ce biais, nous faisons souvent de belles rencontres. Ici même à Kioni, nous avons sympathisé avec l’équipage d’un gros catamaran de charter. 3 hommes et une femme avec son bébé. Tous grecs et professionnels de la plaisance. Nous avons passé une fin de soirée sympa avec eux et avons visité le gros cata. Celui ci ne m’a fait aucun effet. Oui bien sûr c’est confortable mais à quoi ça sert d’être en mer avec une caravane qui n’a aucune qualité nautique ? Pour revenir au sujet, entre les séances photos de Solenzu sur le quai et les discussions avec tantôt des plaisancier britanniques, gallois, italiens, grecs, belges etc… nous voulons re goûter à notre solitude. Ce sera un mouillage sur la côte sud est de l’île d’Ithaque. Celui ci est à peu près sous la même latitude que Vathy. L’écrin est très joli avec une petite falaise de calcaire blanc. Le dur programme s’installe avec baignade et sieste avant une belle soirée étoilée sous le ciel d’Itaque.

Samedi 12 septembre

On est réveillé par une houle pénible venue de je ne sais où. Après consultation de la météo je commence à comprendre. Le problème vient de notre exposition ouverte à la petite mer intérieure entre les iles Ioniennes du sud et le continent jusqu’au golfe de Patras, porte du golfe de Corinthe. Il suffit d’un vent thermique de terre dans ces parages durant la nuit et bingo, on se prend la petite houle bien pénible qui va bien.

Un peu agacés de cette nuit, nous décidons de quitter ces parages, faire une croix sur Céphalonie, l’île d’à côté, pour rejoindre la dernière île Ionienne, Zakinthos. Mais la navigation est assez longue pour y arriver et nous choisissons de nous arrêter une nuit au port de Poros au sud de Kefalonia. Aucun intérêt si ce n’est une escale de repos. Nous nous essayons à nouveau au mouillage à l’ancre et poupe au quai. Il n’y a rien de vraiment intéressant ici à part une escale intermédiaire entre Itaque et Zakinthos.

Dimanche 13 septembre 2020

Nous partons pour le petit port de Ay Nicolae au nord est de Zakinthos. Comme souvent dans ces parages, c’est l’absence totale de vent qui donne le La. La mer devient d’huile et installe à bord le fameux petit roulis lancinant avec le bruit des écoutes et la grand voile qui claque. À l’approche de l’île, le vent de Nord Ouest finit par arriver et, une fois à l’intérieur du port nous interdit de nous amarrer en sécurité. Je décide de partir vers le port principal de Zakhintos à 17 milles au sud. Sachant qu’il est déjà près de 17h, ça va nous faire arriver tard… Heureusement, Doriane regarde sur Internet les mouillages possibles sur la route et nous dégotte une crique qui semble à l’abri. Nous l’avons légèrement dépassé mais qu’importe je fais un petit demi tour sous grand voile seule au bon plein. Le mouillage a tenu ses promesses, une eau claire, une belle plage et des petites falaises autour. Nous mouillons l’ancre sur un fond de sable. Par précaution, pour éviter d’être incommodés pendant la nuit par la houle du nord qui va nécessairement rentrer, je décide d’aller mouiller l’autre ancre par la poupe pour forcer le bateau à se positionner face à la houle que je sais arriver durant la nuit. Une fois l’opération faite nous profitons des lieux en nous baignant dans une eau propre et transparente. En fin de journée un gars en kayak vient à ma rencontre m’indiquant qu’il est interdit de mouiller ici. Après quelques discussions je lui certifie que nous repartirons demain à la première heure et il accepte le deal. Ces soir on se fait un bon petit dîner à peine perturbé par un incendie tout proche qui envoie sur le bateau une odeur accre de garrigue brûlée.

Bon à savoir :

  • Peu de mouillages protégés sur la côte Est de Zakhintos. La plupart restent exposés à la houle.

Lundi 14 septembre 2020

Nous sommes réveillés à nouveau par la houle à peine amortie par mon système de mise du bateau face à celle ci. Babar tangue et nous sommes obligés de lever l’ancre. Le vent n’est toujours pas là et nous faisons route au nord avec l’ambition de faire le tour de l’île de Zakhintos par son versant occidental. Nous arrivons enfin au nord de l’île au moment où le vent nous permet d’arrêter le moteur.

Des hautes falaises blanches magnifiques nous acueillent jusqu’à la crique la plus fameuse de Grèce et l’une des plus belles plages au monde, la baie du naufrage ! Entourée d’une cathédrale blanche aux eaux d’un bleu cobalt, elle doit sa célébrité à la carcasse rouillée d’un caboteur échoué là en 1981. Hélas la célébrité de cet endroit est aussi sa malédiction. Nous mouillons l’ancre pour la circonstance mais sans conviction à la vue des hordes de touristes déversés sur la plage à faire trempette dans un vacarme de cris, de musique et de moteur. Nous n’avons même pas envie de nous baigner et, au bout de 30 minutes, nous décidons de lever l’ancre.

C’était la bonne décision, car rapidement nous découvrons des eaux calmes et isolées au fur et à mesure de notre progression. Les falaises blanches continuent à nous émerveiller. J’aperçois alors une anse avec une eau encore plus bleu et blanche que les autres. Nous mettons le cap vers cette anfractuosité. L’endroit est sublime et hostile. Les très hautes falaises dont j’estime la hauteur à près de 150m sont impressionnantes et je décide de ne pas trop nous approcher de leur à pic par risque certain d’éboulement. Je mouille l’ancre par 11m dans une eau d’une rare clarté. Nous sommes seuls et c’est impressionnant. Je crois n’avoir jamais vu un si bel endroit de toute ma vie nautique. Nous avons de la chance car d’habitude cette côte est innaccessible par la faute du vent dominant et de son exposition au large.

Le temps est sublime mais la météo prévoit une dégradation avec un vent très fort venant du nord est. Nous devons continuer pour nous mettre à l’abri. Il n’y a pas beaucoup de possibilité sur cette île. Nous allons d’abord essayer une belle anse protégée située un plus au sud, Vromi. Mais il semble que le mouillage ne soit pas possible. Nous verrons sur place. Si c’est le cas nous devrons continuer encore longtemps pour aller à Kiri au sud de l’île vers l’anse où des tortues marines font leurs pontes.

Nous arrivons à hauteur de la baie de Kromi. C’est sauvage et magnifique avec un littoral bordé de nombreuses grottes. Par contre l’endroit est hostile pour tout mouillage avec des fonds rocheux et de nombreux petits bateaux d’excursions et de pêche amarres sur des corps morts un peu partout. L’un d’entre eux est inoccupé. Je demande à des pêcheurs si je peux en disposer et ils me disent OK. Excellent ! Nous sommes le seul bateau voyageur amarré dans cette superbe baie. Par contre nous avons 2 problèmes, aucun commerce, aucune taverne, pas de réseau téléphonique. Bref pas de quoi s’avitailler ni prendre la météo. Ce n’est pas grave, ça va pas nous empêcher de profiter des charmes du lieu. Baignades et découverte de grottes en annexe. Nous entrons dans la grotte de Poseidon, ainsi nommée car le visage du dieu de la terre et de la mer semble se dessiner à l’entrée de celle-ci. Le soir arrive et toute l’activité de la journée s’éteint doucement. Nous sommes totalement seuls désormais à observer les étoiles et le calme de la baie avec juste parfois un léger clapotis. Au milieu de la nuit un vent de nord est commence à souffler fort en rafale en descendant dss collines alentour. C’est très fort et au matin je me demande ce que nous allons faire. Je décide de profiter d’une accalmie pour appareiller en direction du sud de l’île. Selon mes calculs le vent est nord est, nous devrions le recevoir grand largue ce qui est une allure confortable même quand celui ci reste fort. Une fois à la sortie de la baie je constate que le vent reste très fort et je décide de n’envoyer que le foc pour l’instant. C’est alors que soudain, alors que je commence à le dérouler de l’étai, une très grosse rafale à 40 noeuds nous accroche par le travers bâbord et couche littéralement le bateau. Le foc m’échappe des main et se met à claquer fortement en faisant bouger l’étai dans tous les sens. Je sens le gréement souffrir et je crains de démater. Je n’arrive que péniblement à redresser le bateau et à border le foc qui continue de claquer sous le vent à tout rompre. Après cette manœuvre pénible le bateau reprend sa route. Mais le vent continue à nous envoyer des rafales d’un autre monde. Je demande à Doriane de descendre et rester en bas. Le chat lui, a déjà trouvé une cachette depuis longtemps. J’ai la machoire serrée et la gorge sèche et nouée. Je reste concentré, la barre à la main. Il n’y a rien à faire à part garder le cap coûte que coûte, il est impossible d’envoyer la grand voile même avec 2 ris pas ce temps, encore moins endrailler la trinquette à l’avant. Nous devons continuer sous foc seul. Mais par vent fort ce n’est pas la meilleure combinaison, il aurait mieux fallu avoir la grand voile réduite au maximum. On assume et on continue. Ce satané vent tourne régulièrement et nous vient parfois du bon plein. Celui ci est détourné et renforcé par les hautes falaises de l’île et nous promet une navigation de cauchemar. J’envisage un temps de mettre en fuite et partir au large mais pour aller où ? Et que se passe t il si on démate ? Qui appeler ? Comment appeler avec juste la vhf portable dans ce cas ? Qui pourrait capter ? De sombres idées me traversent l’esprit. J’ai une lourde responsabilité avec ma douce à bord et ce pauvre chat qui n’a rien demandé. Je dois faire face en essayant au mieux de maintenir l’intégrité du bateau. Dans les rafales je ne dois pas m’entêter à faire cap mais plutôt à abattre pour préserver un petit peu le gréement. Nous sommes maintenant à mi route et alors que j’espère arriver dans des zones plus calmes, le vent reste fou. Je n’ai pas le temps de mettre de crème solaire et je suis sous le mordant du soleil, plein de sel d’embruns sur la tronche et le corps. Après plusieurs heures épuisantes nous arrivons au cap le plus au sud, enfin… Le vent semble s’éteindre d’un coup. Nous devons même mettre le moteur en route. Mais je sais que ce n’est qu’une illusion car, une fois de l’autre côté, le vent va revenir. J’espère juste que la terre l’aura épuisé lui aussi et qu’il sera moins violent d’autant que nous le recevrons pile dans le nez. Mes prières sont exaucées et, même s’il est toujours là, il a fortement baissé et se trouve à 17 noeuds. Le moteur à fond nous avançons péniblement à 1.8 noeuds… Mais nous finissons par arriver au mouillage devant le petit village de Kiri où nous mouillons l’ancre  dans une zone assez paisible. Ce soir, ouzo et dodo… Toute merveille a son prix, et nous l’avons payé cher et comptant aujourd’hui…

Bon à savoir :

  • Il n’y a aucun mouillage réellement protégé sur la magnifique côte Ouest de Zante. Seule la baie de
    Vromi est protégée mais elle est interdite à tout mouillage. Essayez les quelques coffres de
    pêcheurs et bateaux de promenade. Attention aucun réseau à cet endroit. En tenir compte pour la
    météo.

2 réflexions sur “Beautés et frayeur

  1. sylviedoniniorangefr

    Quel titre évocateur Beautés et frayeurs…
    Quel courage ! et quelle ténacité c’est certainement le prix a payer pour accéder a de telles
    beautés (mais vous au moins vous les découvrez par vos propres moyens en y mettant toute votre énergie ) cela n’en est que plus beau et plus émouvant.
    Bravo vous nous entrainez encore et toujours dans cette odyssée qui restera je pense gravé dans vos mémoires comme une pierre précieuse dans son écrin.
    Allez Babar l intrépide on est avec toi.

    J’aime

  2. jylera

    Descriptions très pertinentes du ressenti devant la beauté des sites et quelquefois la brutalité des conditions de navigation, d’autant plus ressenties sur un coursier léger qui peut aussi être volage !
    Même après 8 années de navigations en Grèce, nous nous faisons surprendre ! Et rares sont les bords tirés par doux zéphyr qui durent quelques heures…Éliane et Jean-Yves du KaïtoS.

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s