Les emmerdes!

Vendredi 2 juillet

Réveil d’une nuit apaisante. La mer est belle mais le vent souffle du nord ouest, ce qui ne laisse pas vraiment de doute sur la mise à l’eau prévue à 10h. Ça va forcément être remis. Après un petit déjeuner tranquille sur les hauteurs de la baie face à Athènes, je vais saluer les chats du coin. Je pense encore fortement à Solenzu. Le ventre se noue, les souvenirs sont encore bien présents, ce chat étoile filante aura été une chance dans ma vie, mais c’est fini il faut que je m’y fasse. Je hais la fin des choses, je n’arrive pas à me résoudre à cette idée, il n’y a aucun sens à la perte, ça ne nourrit rien, ça crée du vide et on n’a jamais créé à partir du vide. J’entends d’ici ceux qui vont me dire pour relativiser qu’il ne s’agit que d’un animal. Ces gens là ne m’intéressent pas car ils ne sont pas connectés aux mêmes vibrations que moi. Aucun jugement de ma part car dans la vie, souvent on s’accroche à ceux avec lesquels nous partageons un terreau de valeurs similaires. On peut s’entendre avec les autres mais on ne s’attachent pas.

Tout à bord me rappelle à lui et la vie m’est assez pénible depuis 2 jours. Je n’ai jamais réussi à dompter le vide et le manque. Peut être aussi que dans mon système de valeur, oublier la douleur est une trahison comme tout bon méditerranéen qui se respecte. Mais je ne vais pas non plus monopoliser la parole pour me plaindre, revenons au bateau, on va voir que j’ai de bonnes raisons de me plaindre à nouveau !

J’arrive au chantier en me disant qu’on va reporter au lendemain la mise à l’eau, Gregory, le boss avec sa chaîne en or massif, vient me voir et me dit (en anglais Grec) on y va ? Et moi (en anglais Catalan) on va où ? On met à l’eau ! Vous êtes sûr avec la houle qui entre dans la darse et le vent de travers ? Oui on a l’habitude. OK on y va ! Pris de court je suis un peu stressé par la manœuvre le temps de tout préparer, les bouts et amarres et autres bricoles. On met à l’eau doucement, je descends au moteur, je mets en route et là patatras ! Je m’y prend à plusieurs fois, le moteur tousse, cogne, je vois de la fumée noire et d’un coup il se met à partir en sur régime. Heureusement que le bateau était maintenu par ses 4 amarres. Vite j’étouffe le moteur. J’essaie de redémarrer, rien ne vient, plus un rauque, ni un gémissement. Rien du tout, il s’est énervé et maintenant il a décidé de fermer sa gueule pour de bon. Grégory appelle de suite le mécano qui va mettre plusieurs heures avec son père venu à la rescousse pour remettre en route. Mais quelque chose me dit que c’est bancale, je sais pas pourquoi. Je peux néanmoins faire route au moteur pour le décrasser malgré un vent excellent jusqu’à la baie au sud de l’aéroport d’Athènes, Ormos Varis.

L’endroit n’a aucun intérêt particulier à part un mouillage solide pour soutenir les puissants vent du nord de la région. Je passe la soirée très mélancolique et angoissé. La croisière commence mal. D’autant que j’accueille un passager de marque cette année, mon pote Catalan de Lyon, Pierro. Problème il devait arriver aujourd’hui et il s’est fait refoulé à l’aéroport car il n’avait pas rempli le document de connerie administrative du gouvernement grec le Pfl anti covid. Le truc n’a aucun intérêt, ne sert à rien. C’est juste pour jouer au bon élève face à l’Europe. En gros on vous demande plein d’infos, d’où vous venez, où vous allez etc… Et je n’ai toujours pas compris dans quel but alors que l’on doit présenter des conditions de vaccination ou de test négatif pour entrer sur le territoire. L’excès de zèle administratif m’a toujours gonflé.

Samedi 3 juillet

Je me réveille avec un mauvais pressentiment. Je branche le moteur et, comme je le craignais il est redevenu muet. Je sens une profonde lassitude de tout ça. Pourquoi me mettre dans une situation pareille ? J’essaye de reprendre un peu mes esprits. Je suis seul, dans un mouillage inconnu, loin, et sans moteur. Les mecs d’Egine me proposent gentillement de me démerder, un mécano que j’appelle non loin d’ici me dit que c’est le week-end. J’appelle finalement le motoriste Volvo situé à Lavrio à quelques kilomètres. Je tombe d’abord sur un type qui me dit que c’est le week-end mais me propose de le rappeler à 10h. Je rappelle, et un autre gars répond, OK je dois lui répéter la même histoire et il me dit qu’il me rappelle. En attendant, j’essaye en vain de me divertir en échafaudant des plans de sortie : partir à la voile en rejoignant Egine, me mettre au mouillage devant le chantier etc… Heureusement, vers midi 2 types habillés Volvo, genre pros, bien officiels, se présentent sur le port. Je les embarque de façon cocasse sur ma petite annexe jusqu’au bateau. Ils bossent pendant 4h, me réparent le truc (de l’air dans le circuit de gasoil), on fait un tour en mer moteurs à fond pour tout tester. Ça marche ! Je m’attends à une suffocante : 175€ je n’ose y croire. L’aventure peut donc enfin commencer ! ah non, pardon, elle avait déjà commencé…

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