Cap sur la solitude

Dimanche 24 mai

Premier réveil à bord tout seul, sans le doux bonheur d’assister à celui de notre Raphaëlle. Le silence rempli de vide ma matinée. Je vais me re-habituer mais la sensation n’est pas agréable. Après être allé acheter du pain et récupérer les papiers du bateau à la Capitainerie, je prépare le bateau pour le départ. C’est étrange, j’ai un mauvais pressentiment au moment de mettre en marche le moteur. Bingo, pas d’eau qui sort de l’échapement et permet de refroidir le moteur. Sans eau qui refroduit, pas de moteur.

J’investigue et comme je m’en doutais c’est la pompe à eau qui ne fonctionne pas, une fois de plus. Je note qu’un mécanicien Yanmar était venu pour ce problème juste avant le carénage et force est de constater qu’il ne l’a pas régler. Je m’emploie donc à faire moi même ce qu’il aurait dû faire : changer la courroie. J’en profite pour changer aussi la courroie de l’alternateur que je trouve un peu lache également. Je mets 1h30 pour faire l’opération car évidemment des écrous étaient bloqués. Et je constate que les courroies n’était pas des modèles Yanmar mais générique. Et tout fonctionne. D’ailleurs, je note (à voir sur la durée) que mon souci d’aiguille erratique du compte tour semble stabilisé. Et là aussi, les mêmes mécanos étaient intervenus l’année passée pour resserer quelques cosses et me prendre une coquette somme au passage. Ils n’ont jamais eu l’idée de vérifier la courroie.

Bref après ces péripéties il est temps de partir. Le vent s’est levé et souffle travers à la place, je dois donc manoeuvrer délicatement pour éviter d’avoir le bateau qui part en crabe sur les autres. Je conserve l’aussière arrière au vent, je mets doucement les gaz tout en larguant les pendilles et l’amarre sous le vent, et j’avance tout en conservant le courant de l’aussière qui me maintient encore au quai, et je largue ! le bateau pivote face au vent, je mets le gaz et sors de la place en douceur.

Il est 13h30 quand j’éteins le moteur une fois en mer. Je peux ainsi m’octroyer un déjeuner à l’espagnole à 14h. Cap au sud maintenant. Le vent est pour ainsi dire léger voir très léger. Je me laisse ainsi guider et porter par le vent à moins de trois noeuds, et ça me va parfaitement. Je n’ai aucune destination, aucun programme, aucun impératif. Je navigue, c’est tout. C’est même un tout, une raison d’être.

Le temps est absolument merveilleux et je vaque à mes occupations du bord, lecture, observations, navigation. Une fois au niveau des Illes Medes, le vent se renforce un peu me permettant de faire un cap direct au près serré en direction de la Cala Sa Riera distante de 7 milles nautique.

J’arrive à 18h sur le mouillage de cette jolie cala que je connais bien et qui est porteuse d’un souvenir particulier pour moi. C’est la cala où je me suis essayé pour la première fois à un mouillage et notamment par vent soutenu de sud. J’étais avec Carine à cette époque. Je me souviens avoir pas mal angoissé et aller voir toutes les heures la tenus de l’ancre sous l’eau, qui évidemment ne bougeait pas d’une canette.

Pour fêter cette belle journée, ce soir c’est suquet à bord avec du rouget que m’a apporté ma Maman. C’est une sorte de bouillon catalan avec des patates, tomates et poissons, un régal.

La soirée est divine emplie d’une grande douceur et un coucher de soleil comme on ne le voit qu’en Méditerrannée.

Lundi 25 mai

L’été est là. En mieux, moins de monde, chaleur mais pas accablante, eau encore un peu fraiche. Les conditions sont idylliques et je me réveille sur un vrai lac de montagne. Pas de son, pas de vague, pas de vent. Pendant que je prends mon petit déjeuner, deux bateaux de pêche font le manège sur le plan d’eau en me tournant autour. L’un part au large, l’autre installe ses filets non loin de moi et commence à faire marche arrière jusqu’à venir à babord de mon bateau à 20 mètres. Et là, ils mouillent leurs 2 ancres et commence par hisser le lourd filet. Ils sont trois, le patron et deux matelots. Je les observe ainsi un moment, faciné par leur travail ancestral respectable. Mais je ne veux pas non plus les déranger outre mesure et je décide de lever l’ancre pour leur laisser la place.

En mer, c’est la pétole mais j’insiste toujours sans brancher le moteur. Et je suis récompensé ! une légère volute s’installe me permettant d’envoyer le spi. Que j’affalerai 1h30 plus tard car il devenait inopérant.

J’avance petit à petit en direction de Palamos tout en parcourant les magnifiques paysages autour du cap Begur et San Sébastian. A 16h30 je mouille l’ancre dans la jolie baie de Palamos et son imposant port de commerce. Ni une ni deux, je mets Babarounet à l’eau pour aller à terre. Je n’ai qu’une idée en tête, aller à la criée et m’acheter du poisson frais pour me faire un deuxième suquet ce soir.

La soirée s’annonce gastronomique avec une belle rascasse et deux darnes de lotte.

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