Un paradis méditerranéen

Mardi 26 mai

Le grand plaisir de la navigation c’est de se poser chaque jour la question où aller. Même si l’organisation humaine et sa cupidité cherchent de plus en plus à contraindre l’un des derniers espaces de liberté, je ne connais pas vraiment d’autres activités où ce plaisir est quotidien. Dans notre vie et nos loisirs, nous devons sans cesse planifier, organiser. En bateau aussi et peut être plus qu’ailleurs, mais la grande différence se situe à ce choix immense de destinations offert. La seule grande prêtresse de cette belle religion qu’est la voile, c’est la mer. C’est elle et sa soeur la météo qui décident de tout. Poséidon et Eole sont les maîtres et si on leur obéit, la félicitée et la joie sont nos récompenses.

Et aujourd’hui la question de la destination se fera au fil de la navigation de la journée. Après un bon petit déjeuner, il est 10h30, il est temps de partir. Je lève doucement l’ancre pour ne pas casser le beau miroir sur lequel j’évolue et je mets le cap vers le sud avec une petite vitesse de 3,5 noeuds profitant de la volute matinale.

Je longe cette belle côte qui souffre d’une réputation de congés payés low cost. Mais c’est mal la connaitre que d’émettre un jugement hâtif. En dehors de barres d’immeubles à Platja d’Aro, le reste n’est que forêts de pins avec ici et là quelques villas. Une fois Tossa de Mar passée, c’est une longue ligne de falaises occres qui se présentent à moi. Je dois faire de nombreux virements de bord car je reçois le vent debout mais ces exercices me font du bien, il me dégourdissent les membres et me redonnent confiance pour la saison.

Il est 14h30, je viens d’identifier mon escale pour l’après-midi, la cala Futadera que je connais bien pour y être allé il y a déjà huit ans. L’endroit est paradisiaque, un seul voilier au mouillage, deux ou trois petits esquifs moteur et c’est tout. Des oiseaux chantent, le vent est léger, la mer translucide. Que demander de plus. Je mouille l’ancre sur un beau fond de sable.

Je profite de cet écrin comme il se doit, baignade, snorkelling, lectures et surtout je respire et j’écoute. L’odeur des pins que m’apporte le vent du sud par-delà la falaise devant moi, les sons de la mer sur la coque ponctués de quelques croassements de goëlands et d’une famille de cormorans nichés sur les rochers.

J’attends presque la soirée avec impatience pour voir comment ce petit monde évolue au calme du soir. Mais heureusement je n’ai aucune attente dans le bateau, je ressens et profite. C’est étrange car c’est finalement le seul endroit où je ressens le moment présent sans devoir anticiper l’avenir. La seule chose que je dois préparer c’est la météo. Le reste vient ou ne vient pas, c’est ainsi. La liberté de l’insouciance. J’aimerais apprendre cet art de vivre à ma Raphaëlle. Un jour, quand elle sera en âge de comprendre, bien plus tard.

Mercredi 27 mai

Dès le petit déjeuner avalé, je plonge à travers le miroir d’eau pour ma séance quotidienne de natation. Je suis seul… avec la mer. A chaque respiration prise entre deux efforts, je me remplis de son iode pour ne pas l’oublier une fois de retour dans ma vie quotidienne. Je pense que l’iode marine est comme un charme lancé par une nymphe de la mer, pour qu’on ne l’oublie pas et que l’on revienne sans cesse à elle. Et ça fait longtemps qu’elle m’a enchantée ou drogué selon comme on voit les choses.

Je lève l’ancre alors qu’un petit vent commence à me signaler qu’il est temps de partir. Je mets le cap vers le retour, vers le nord. Destination inconnue à cette heure.

Le vent est léger en cette fin de matinée, un peu comme tous les jours. Mais cette légèreté renforce la douceur de cette croisière. Babar sait prendre le meilleur parti du vent, même quand celui-ci est capricieux et nous avançons malgré tout. Au bout de quelques heures, nous croisons vent arrière les îles Medes par leur côté oriental en frôlant l’île en pain de sucre. Et je décide sz retourner à la cala Montgo du début de la croisière avec les filles. Je constate qu’ils ont, en quelques jours, installé les bouées de la saison. Le site web d’arnaque qui les gère indique que celles-ci sont payantes à partir du 1er juin. Je décide donc de m’amarrer à l’une d’elle, éloignée de la plage pour renforcer ma solitude. Le vent est chaud et l’air sent bon les pins tout proches, ceux que j’allais voir avec mon grand père pour ramasser les fameuses pignes, me régaler des pignons et les utiliser pour la cheminée. C’est rassurant que la forêt soit encore là malgré la pression immobilière.

La soirée est, comme toutes, magique.

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