Fin de la croisière de printemps

Jeudi 28 mai

Dans le silence du matin, engourdi de la nuit, je vais me baigner. L’eau est douce et l’air porte encore la chaleur de la veille.

Il est 9h quand un zodiac vient à ma rencontre pour me demander quelles sont mes intentions, rester la nuit, d’ailleurs ai je passé la nuit, ou juste la journée. Ils ne perdent pas de temps pour procéder à leur satané raquet. Il doit y avoir cinquantes bouées et je suis tout seul. Evidemment je leur dis que je ne souhaite pas rester et je décide de partir rapidement. Je précise que leur site indique que la rançon comment le 1er juin mais ils sont en situation de monopole et le triste type du zodiac n’en a cure. Ils sont capables de tout !

Il n’y a pas de vent et je me traîne comme un pauvre diable. Mais ma patience me récompense dès le milieu de matinée avec une volute porteuse de travers. J’accroche les trois noeuds qui me permettent d’avancer paisiblement en direction du Cap de Creus.

Je suis encore à quelques miles du fameux cap quand, dans les parages de son frère plus modeste le cap Norfeu, je reçois un vent frais au près serré venant du nord est qui me contraint à faire plusieurs virements de bord.

Le cap de Creus franchit, je déroule le spi, en babord amûre travers et fonce en direction de la cala Garbet à plus de sept noeuds (on va croire que je fais un pélerinage de la première semaine de croisière !). Je dépose deux voiliers sur ma route.

Il est prévu un vent de quinze à 18 noeuds de nord dans la nuit. Je décide d’aller mouiller au plus près de la grande plage dans sa partie nord ouest. Le fond est de très bonne qualité et l’ancre croche immédiatement.

Le vent prévu arrive bien vers minuit et, prévoyant, je sors sur le pont pour rallonger la chaine et dormir paisiblement.

Vendredi 29 juin

La fin de la croisière arrive. Je ne ressens pas d’amertume ou de tristesse, ayant bien profité de la mer et d’une météo exceptionnelle. Je mets le cap sur Paulilles, très proche pour une dernière nuit au mouillage.

Fidèle à mes principes je ne branche pas le moteur mais profite d’un très bon vent de nord est me propulsant au près serré. J’arrive bientôt à l’entrée de la baie de Paulilles et prends une bouée dans l’anse Sainte Catherine que j’ai beaucoup fréquenté avant d’avoir un bateau. C’est une crique située sous le cap Béar au pied du beau phare rouge avec quelques casots familiaux sur les pentes.

Mais, comme je le craignais, une houle désagréable arrive et fait danser le bateau dans tous les sens. Celle-ci vient d’un vent soutenu dans la zone de Provence. Hors de question de m’imposer cette torture pour ma dernière nuit à bord. Je largue les amarres direction Port Vendres à deux ou trois miles d’ici. Je fais une entorse à mes principes et rallie le port au moteur.

Je suis accueilli par une connaissance, le gars sympa qui m’avait aidé l’année dernière en juin lors de ma panne de moteur.

Je discute un moment avec lui et pars en excursion avec mon vélo. J’arpente le chemin qui va jusqu’au Cap Béar pour me dégourdir les jambes. J’ai eu raison de venir au port car je peux constater le désarroi dans lequel doit se trouver l’équipage d’un voilier resté au mouillage qui danse dans tous les sens. Je fais demi tour pour retourner au bateau quand je croise un joli renard tout roux sur la route. Une belle rencontre.

J’aime Port-Vendres, typique port de commerce qui n’a pas encore succombé aux malheurs de modernité des ports actuels. Il reste un parfum d’antan et navigations lointaines. Même les cargos modernes ont belle allures dans ce port.

Le lendemain, je mets le cap sur Canet pour le retour à l’écurie. Cette croisière aura été un des meilleurs crus en terme de plaisirs partagés en famille et de douceur.

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