Comme j’aime cette phrase « croisière d’été ». Elle sonne comme un programme mais aussi comme une échappée onirique. Quand on est navigateur aussi modeste soit il, on sait à ce moment que c’est l’incertitude de la mer qui va faire son oeuvre et va donner des lettres de noblesse au cru estival. Moi je sais déjà vers où je souhaite aller, ce qui est déjà pas mal. Ce sera, une fois de plus, les Baléares. La raison est simple, c’est la destination la plus facile pour naviguer en famille. Comme les années passées, je commence en solitaire par amener Babar sur son terrain d’exploration estival et les filles me rejoindront ensuite.
Je pense, tous les hivers, à ce moment, de la préparation avec les courses ritueliques au larguage de amarres et le passage du chenal de Canet. Toutes ces étapes nécessaires sont l’antichambre de l’aventure, une fois la digue doublée, c’est l’incertitude qui prend le relais. Les rituels du bord sont là pour insuffler un peu d’illusion de maitriser un minimum les choses.
Je quitte donc le port ce samedi 4 juillet, fête de l’indépendance américaine. C’est aussi en quelque sorte la fête de la mienne aussi, libre, en mer loin du tumulte de l’époque. Parlons en de l’époque, rien ne va et pourtant tout pourrait aller si bien. Jamais dans l’histoire de l’humanité il y a eut aussi peu de pauvres et autant de riches. Mais j’ai comme l’impression que ce n’est jamais assez, comme des enfants capricieux qui veulent casser leur jouet, la population, surtout française, cherche encore à faire la révolution, mais, à l’inverse de la vraie, il n’y a personne qui meurt de faim dans la rue, certains mangent mal, mais ne meurent pas de famine. De plus, il n’y a pas, contrairement à ce que disent les politiques extrêmes, de caste supérieure pour laquelle nous serions tous esclaves. Si nous devions être esclave ce n’est que nos envies insatiables, de nos jalousies. Et ces passions délétères sont typiquement françaises.
Je prends donc ma liberté de ces cons.
Cap sur Cadaquès pour cette première foulée de mise en quille. J’y passerai deux nuits car la météo n’est pas bonne pour traverser. Le bonheur désuet d’être sur mon bateau, face à la ville de Cadaquès est un rituel immuable qui traverse ma vie avec à chaque fois la même joie. Je profite de la journée entière du dimanche pour me balader avec mon nouveau vélo sous 40 degrés, une excellente idée ! je failli même avoir un malaise mais réussi à m’en remettre par un long bain de mer au cul du bateau. La soirée est étrange car on voit dans le ciel des nuages ocres qui ne sont pas un signal de pluie salvatrice mais les stigmates de multiples incendies en cours. Encore des catastrophes provoquées par des déséquilibrés et des inconcients, ce dernier n’étant finalement pas loin du premier car quand on est in-conscient, on n’est pas loin d’être con.

Lundi 6 juillet
C’est parti pour le large, enfin, tant attendu et déjà là. Les années défilent et avec elles cette attente de ce moment précis. Je pense que c’est à cela qu’on reconnait une personne sous dépendance. Moi c’est de la mer. Ceci dit c’est un moindre mal quand on connait d’autres addictions.
Au début, le vent est pour le moins léger, très léger. Il me reste près de cent cinquante milles nautiques à parcourir et à ce rythme de deux noeuds, je risque d’y passer mes vacances ! mais je m’entête et finalement comme toujours Eole se réveille et nous donne son présent. Je peux envoyer le spi pour me porter à belle allure.
Les heures de bonheur défilent à la vitesse du bateau jusqu’à la nuit qui enveloppe de sa douceur et de sa voûte étoilée l’ambiance du bord. Le vent, lui, baisse son régime tout en maintenant une belle vitesse au bateau malgré ses volutes à l’image de la nuit. Nous conservons les cinq noeuds en foncant inexirablement vers les étoiles. Car tout se confond la nuit en mer, surtout quand la lune n’a pas encore branché son spot. Quant à moi, je fais bon cycle de siestes de 15mn de minuit à 6h du matin. C’est un mode de fonctionnement qui me correspond car j’arrive vraiment à dormir et récupérer des forces.
Le soleil arrive tôt à cette saison et met un terme à cette belle et douce enveloppe dans laquelle je m’étais lové toute la nuit. L’ambiance est d’une grande humidité qui s’est abattu sur le bateau au petit matin. Heureusement je suis protégé relativement sous mon bimini.
En fin de matinée j’arrive sur l’île de Minorque par son flanc nord est vers Addaya. Je choisis un mouillage isolé comme point d’atterrissage. C’est à ce moment que le vent m’abandonne et que je branche le moteur. A ce moment, je jette un coup d’oeil derrière le bateau et je vois que l’on trainte un long filet. Ni une ni deux, je coupe le moteur, je descend mon échelle de bain et j’observe les dégats. C’est bien ce que je pensais, c’est une espèce de grand filet en plastique qui s’est enroulé autour de l’hélice et de la quille. Je n’ai pas le choix, je dois mettre en panne et plonger avec mo couteau retirer tout ça !

J’avoue que, avec 200m sous la quille je la mène pas large. Mais j’arrive assez rapidement à tout enlever et remettre en route vers mon mouillage que je vais particulièrement savourer !

Bilan de la traversée :
- Distance : 152 milles nautiques
- temps à la voile : 23h
- temps au moteur : 8h
Je vais occuper les jours suivants à des calmes mouillages sur la côte est de l’île avec baignades, lectures et repos au programme !
Je précise que je vais moins publier sur le blog car je me suis passionné pour deux autres contributions à la mémoire de mes navigations : des montages videos (que je ne publie pas car ce sont principalement des souvenirs de famille) et un carnet de voyage avec aquarelles. Je n’ai donc plus une grande disponibilité pour alimenter le blog. Je vais néanmoins continuer à minima car c’est par son biais que je maintiens la mémoire du Babar !!!
