Vendredi 10 juillet
Cela fait quelques jours que je grenouille sur la belle côte est de Minorque. J’aime cet endroit car c’est moins dense que le sud et moins exposé que le nord. Bref un bon compromis et comme souvent dans la vie, c’est la clé du bonheur ! Mais j’ai envie de naviguer, de secouer un peu la quille de mon Babar, encore engourdi de l’année passée à m’attendre. Nous allons sur Majorque pour une belle navigation de plus de quarantes milles nautiques. Eole m’a promis du vent et une belle mer.

Je pars du mouillage de Punta Prima à la pointe sud est de l’île. C’est une zone étrange avec des fonds dignes des tropiques en terme de couleur et des courants assez forts qui font que, au mouillage, avec le vent contraire, on se retrouve avec l’ancre derrière le bateau et la chaine qui passe dessous. C’est la première fois que ça m’arrive même si ça doit être commun chez mes amis de la Manche. Départ 7h du mat’ avec petit dejeuner en mer.
La navigation est fantastique avec un vent de travers tout du long qui me permet de couvrir la distance de 38 milles nautiques à la voile. J’ai enfin croisé des dauphins qui, pour la première fois, auront brillé par leur absence jusque là. Je tiens, sur mon journal de bord illustré, un carnet d’observation rigoureux que je remplis dès une rencontre avec un animal marin du type cétacé, dauphin, tortues etc… je note tout, du point GPS, de nombre et caractéristiques d’individus, la météo, la profondeur, la température de l’eau etc. qui sait, peut être que dans quelques années, mes observations auront un intérêt pseudo scientifique. Car les chercheurs finalement n’observent pas tout, il font quelques observations et ensuite des généralisations. Si tous les plaisanciers tenaient des observations rigoureuses, je suis certain que l’on apprendrait beaucoup de choses. C’est d’ailleurs dommage que je n’y ai pas pensé plus tôt.
Mon escale à Cala Ratjada n’a aucun intérêt, la station étant une colonie de boches avec toute la vulgarité du low cost des populations saxones et teutonnes. J’ai eu le temps d’aller chez le médecin pour essayer de soigner une otite débutante et faire quelques courses à des tarifs certainement pas low cost pour le coup ! la soirée et la nuit ont été sous le signe de la victoire de la Roja, l’équipe espagnole de foot face à la Belgique en coupe du monde. Une belle ambiance jusqu’à fort tard.
Le lendemain cap au nord de l’île avec toujours un bon vent mais dans une allure de près, jusqu’à la baie de Pollença. C’est une immense baie du type parking à bateaux mais qui a le mérite d’être dans un véritable écrin montagneux et plutôt bien protégé. Je vais rester ici au mouillage pendant 2 jours le temps de laisser passer du vent fort et me reposer tranquillement dans mon bateau que j’aime tant ! c’est amusant car je n’ai rien fait de la journée de dimanche, je suis resté à bord de mon réveil à 8h jusqu’à mon coucher. Certains deviendraient fou avec une sensation d’enfermement. Mais pas moi, je n’ai pas arrêté à trouver de quoi m’occuper. J’en ai profité pour faire du ménage, lecture, aquarelle etc. Le temps est passé très vite jusqu’à l’apéro du soir… à bord je me sens comme dans un exosquelette, une enveloppe extérieure de moi qui me protège des turpitudes du monde extérieur, sans pour autant m’en couper totalement. C’est ça la liberté.

Lundi 13 juillet
C’est bien joli tout ça mais je ne vais quand même pas prendre racine ici et me transformer en bateau ventouse comme certains. Ce n’est pas le genre de la maison. Il a beaucoup souffler cette nuit et le vent est encore un peu présent ce matin, il faut en profiter. Je décide finalement de rallier Minorque qui est définitivement mon île préférée, même si je conserve un souvenir ému de Formentera, île que j’avais visité avec mon ancien bateau Marsouin, il y a douze ans déjà. Je lève l’ancre avec un ris de précaution dans la grand voile qui va vite devenir superflu car le vent a molli et je dois sortir de cette baie qui est un peu un traquenard par vent de nord est à est. Je dois tirer un grand nombre de bords pour arriver à en sortir. Mais l’exercice est intéressant car il me permet de me dégourdir les écoutes après cette escale à ne rien faire mais aussi d’apprécier les beautés naturelle du cap Formentor avec des forêts de pins tombants des falaises dans la mer.


La mer est chaotique et désordonnée avec deux mètres de houle se combinant à la mer du vent. C’est la bataille. Je croise à nouveau des dauphins dans ce maelström comme pour venir me soutenir. Je les reconnais, c’est la même famille que j’ai croisé au match aller. Mais leur soutien est de courte durée et une nouvelle calamité s’abat sur moi ; le vent qui décide de s’éteindre d’un coup une fois le cap Formentor doublé depuis 1 mille nautique. Que faire ? Je décide malgré tout de continuer en sollicitant mon ami Yanmar qui risque de se vexer à force de ne pas être mis à contribution. Ce que je ne sais pas à ce moment là, c’est que je vais faire le reste de la navigation jusqu’à Minorque au moteur dans cette mer difficile.
Je passe ainsi toute l’après midi à me faire valdinguer d’un côté à l’autre. Bien entendu j’ai complètement affalé les voiles pour ne pas qu’elles s’abîment dans le roulis. Petit à petit, à quatre noeuds, je finis en fin de journée par arriver à Minorque qui, masquant la houle me permet de faire route sans cette danse cruelle. J’arrive à 20h30 pour mouiller dans la cala S’Escala, voisine du parking à bateaux de la cala Alguayrens située au nord ouest de l’île. J’ai compté aux jumelles 31 navires ! alors que nous ne sommes que deux voiliers dans ma jolie cala entourée de falaises occres. Après une douche de mer et un solide dîner, je reste sur le pont à contempler les étoiles et à penser à ma Raphaëlle.

