Fornells deuxième !

Mardi 14 juillet

Je vais maintenant profiter de mes quelques jours restant en solitaire avant l’arrivée tant attendu de mes filles. Le programme est simple, surtout pas de programme.

Je suis réveillé par l’entrée d’un vent de nord comme prévu qui, évidemment, apporte avec lui sa petite houle suffisante pour rendre l’endroit inconfortable sur la durée. Il souffle environ 12 nœuds et je décide, après mon petit déjeuner, de lever l’ancre et mettre le cap sur Fornells pour dormir sur un lac et assister au match de demi-finale de la France face à l’Espagne en coupe du monde.

La navigation entièrement à la voile est un enchantement, non seulement car cette côte est sublime, alternant les couleurs rouges au ocre sable, mais aussi par le nombre restreint de bateaux et autre yachts à moteur, qui préfèrent les calas du sud, plus facile d’accès et plus « instagrammable » que celles du nord qui ne s’ouvrent qu’à un public d’initiés.


J’aime cet environnement de caillasse tourmenté par la Tramuntana. Je ressens un peu comme un air de chez moi. Ce vent légendaire, lorsqu’il est fort, peut se faire sentir jusqu’en Tunisie. C’est un messager de mon Pays Catalan. Et rien ne lui résiste, il déchire roche et bateaux qui veulent lui faire ombrage. Il faut la respecter et éventuellement, si elle est de bonne humeur, elle vous respectera telle une déesse capricieuse, elle peut vous apporter le meilleur (un ciel magnifiquement pur et un air sain) comme le pire.


Fort heureusement pour naviguer paisiblement sur cette côte nord, il faut qu’elle soit endormie, ce qui est le cas aujourd’hui !


J’arrive à Fornells pour m’amarrer à une bouée. Il faut noter le prix abordable, 38€, dont beaucoup devraient s’inspirer. Voilà enfin un système durable, qui crée un minimum de business sans exagérer et qui permet à tous les budgets de profiter du site. Le petit village tout blanc, même s’il est un peu artificiel, est très joli et bénéficie d’une sorte d’art de vivre à la Méditerranéenne, avec langueur et familles. Je décide de rester dans le secteur plusieurs jours.

Mercredi 15 juillet


Après m’être remis de la défaite méritée de la France, je vais mouiller l’ancre dans une baie juste à côté à l’ouest de Fornells. L’endroit est très joli et fait un peu penser au Cyclades avec peu de végétation, de la caillasse rouge, une belle plage de sable et une vue fantastique sur l’arrière pays minorquin fait de champs de cultures et de belles forêts denses de pins. Je mouille l’ancre pile au milieu de la baie, par un fond de quatre mètres de sable de très bonne tenue. Le mouillage va d’ailleurs résister à un vent soutenu de terre et enfoncer littéralement l’ancre dans le sable jusqu’à la faire disparaître entièrement.


La soirée sous les étoiles est magique, une fois de plus. Je n’arrive pas à m’en lasser, d’ailleurs est ce possible quand on reste sensible aux beautés qui nous entourent et que l’on arrive à s’émerveiller des petites choses simples de la nature, d’une gobie sur un rocher à une plie qui joue sur le sable ou encore à traverser un banc de d’oblades ou de castagnoles. Des poissons communs en Méditerranée qui passeraient inaperçus aux yeux de beaucoup. Je m’inspire de Laurent Ballesta, célèbre plongeur, photographe et océanographe, qui a toujours admiré, lui aussi, la petite vie de la mer.

Jeudi 16 juillet


Je dois lever l’ancre, non pas car je me suis lassé de l’endroit (c’est impossible) mais car les fichiers Arômes (fichiers méteo haute définition de météo France) annoncent des vents forts l’après midi sur la zone et sur le quadrant nord ouest à nord est, donc pile à l’ouverture de la baie. Je retourne donc sur Fornells pour prendre à nouveau une bouée. La marinéro est très sympa avec moi car je n’arrive pas à réserver la bouée via l’application prévue et celui-ci m’octroie néanmoins une place sans problème. La chaleur devient très difficile à supporter et le vent n’arrive pas à rafraîchir l’atmosphère lourde. L’après midi, à moitié fou, je vais à terre, sur le côté de la baie opposé au village pour me balader dans la forêt et la végétation aride. La chaleur de bête ne m’arrête pas dans mes ardeurs exploratrices et je découvre une nature préservée avec des chèvres sauvages comme seules résidentes.


Lors de ma balade au village du soir j’assiste à la Virgen del Mar, une cérémonie que l’on retrouve un peu partout en Méditerranée à travers une procession en mer de la vierge. J’ai l’air un peu con tout seul à bord de mon dinghy au milieu des minorquines ou autres bateaux à moteur. D’ailleurs je ressens un peu de sarcasme de bonne guerre et ne me vexe pas le moins du monde étant plutôt un invité qui n’a pas demandé l’autorisation. Je peux m’approcher un peu de l’embarcation principale avec la Vierge et ses « officiels » autour en la personne d’un évêque et de quelques éminences de la marine espagnole tout de blanc vêtus et casquette officielle.

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